13 octobre 2019

Il y en a qui vont contre le vent

Il y en a qui vont contre le vent pour se rendre où ils veulent aller mais moi je préfère la douce paresse de me laisser porter par là-bas où le vent s’en allait déjà. 🍂🖤 T’sais j’ai jamais eu vraiment beaucoup d’ambitions dans la vie. Il n’y a rien que je veux vraiment atteindre, nulle part où je veux vraiment me rendre, rien que je veuille accumuler et peu vraiment que je veuille accomplir. Quand j’étais plus jeune c’était difficile, je me sentais paresseux, dans le plus mauvais sens du mot, dans le sens vilain où je « ne devrais pas ». Je sentais que je devais avoir des grands buts, que je devais avoir de grandes ambitions, que je devais avoir cette envie ardente de transformer le monde et de me rendre tout au sommet de la montagne. Et parfois je me forçais à faire semblant de, à défaut d’avoir vraiment l’envie de. Sauf que voilà, faire semblant ça ne marche que pas longtemps parce que c’est forçant, c’est épuisant, d’être toujours en représentation. À un moment le rideau doit descendre et il faut pouvoir se reposer, se laisser être au lieu d’essayer d’être. Avec les années et le temps j’ai choisi autrement. J’ai choisi de croire que la pire invention c’était le verbe « devoir ». Que je ne « devais » rien faire, que je ne « devais » rien être. Que j’étais déjà tout à fait parfaite, exactement comme naturellement j’étais. Que la comparaison aux autres était ridicule. Que chacune suivait son propre chemin. Que tout ce qui comptait, finalement, c’était le doux sourire satisfait, une fois le soir dans son lit, de quelqu’une qui a vécu sa vie exactement comme elle seule le voulait. Et moi, c’est en suivant le vent, en ne désirant rien vraiment, en restant dans l’ombre, tranquillement, de ma propre vie. Et c’est parfait comme ça. Et toi aussi, tu es parfaite, peu importe ta façon.

© Frédéric Gingras 2019