31/01/19

On te tient

Ça fait assez longtemps que tu avances les deux poings en l’air. Ça a l’air lourd. Épuisant. Essoufflant. Stressant, d’ainsi comme ça toujours être certaine de devoir frapper pour ne pas être frappé. Baisse-les. Baisse-les enfin. Elle n’est plus là, la bête. Ça fait longtemps qu’elle n’est plus là. Il n’y a rien de caché dans le placard ou sous ton lit au au prochain coin de la rue ou derrière un regard. Je sais que c’est difficile, crois-moi, que de refaire confiance à un monde qui t’a fait mal, de ne plus s’identifier à sa propre capacité à se défendre ou à frapper le premier. Mais crois-moi aussi quand je te dis que marcher des dizaines d’années les poings en l’air, c’est un poison qui te dévore par en dedans, pis que la seule vraie solution que j’ai trouvé, c’est d’ouvrir grand les mains, de tourner tes paumes vers dehors, pis d’étendre tes bras de chaque côté de toi, les deux yeux fermés pis le coeur à l’air, peut-être en pleurant un peu. Peut-être en criant un peu. Peut-être en tremblant un peu. Peut-être en souffrant un peu. Mais t’sais, ce serait pas beau, enfin sortir du ring de boxe? J’te dis pas que c’est facile. Il y a beaucoup de marche à marcher. C’est qu’il était haut, ton ring. Mais si j’te dis tout ça c’est pour juste doucement te montrer qu’il y a une sortie tout en bas des marches. Pis que si tu veux, je peux t’aider à descendre tranquillement. On peut tous t’aider à redescendre. T’as juste à ouvrir au moins un de tes poings pis à nous demander de te tenir la main. On te tient. 🤝

31/01/19

Dans Mots

© Frédéric Gingras 2019